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Enquête qualitative sur les modes d’exercice de la coparentalité après séparation

Réalisée pour le compte de la Drees, l’enquête qualitative (70 entretiens) sur les modes d’exercice de la coparentalité après une séparation conjugale dans un contexte de recomposition familiale rend compte de la multiplicité des modes d’organisation mis en place par les parents après séparation ainsi que de la variété des facteurs qui sont susceptibles de jouer sur les configurations organisationnelles et de les faire évoluer.

La durée de vie en couple avant la séparation, l’âge et le nombre d’enfants, le type de profession occupée et le niveau de revenus des parents, le lieu d’habitation, la capacité à mobiliser des relais, etc., forment autant de variables qui influent sur les organisations quotidiennes.

Pour autant, « cette diversité ne doit […] pas masquer les récurrences qui traversent ces organisations et ces histoires familiales. L’étude met d’abord en lumière le poids du milieu social d’appartenance dans les organisations familiales post-séparation. Ainsi, les conditions matérielles d’existence des parents, leurs ressources financières et leur capital socio-culturel déterminent fortement les choix qui sont effectués au moment de la rupture conjugale, mais également la manière dont ces décisions s’éprouveront au quotidien. On sait que les représentations en matière de division sexuée des rôles parentaux varient en fonction du niveau socio-culturel des familles, les classes populaires étant traditionnellement plus attachées à une séparation stricte des fonctions parentales. Mais au-delà de ces facteurs symboliques, les ressources financières et matérielles des familles ont aussi une incidence significative sur l’exercice concret de la coparentalité : possibilités de se reloger et de vivre à proximité, capacité à maîtriser ses horaires de travail et à les adapter aux impératifs domestiques et éducatifs, (in)stabilité résidentielle et professionnelle, etc.

En définitive, les trajectoires des familles suite à la séparation sont très différenciées suivant les positions sociales des parents, ceux issus des classes populaires étant davantage exposés à une fragilisation des liens pères-enfants dans les années suivant la rupture. En second lieu, la question des rapports de genre imprègne également très fortement l’ensemble des configurations organisationnelles post-séparation étudiées. Cette division des rôles parentaux se décline bien entendu différemment suivant le milieu considéré : le partage des tâches entre pères et mères est en tendance plus égalitaire dans les milieux les plus aisés. Mais les mères conservent – à des degrés très divers – un rôle central dans la gestion du quotidien des enfants et c’est sur elles que pèse l’essentiel de la charge psychologique qui y est attachée ».

Au final, la notion de « coparentalité » se traduit rarement par une répartition égalitaire des tâches de soin et d’éducation entre les parents. « Alors que pour certains parents, les relations coparentales sont considérées comme une dimension nécessaire au bien-être des enfants après la séparation, pour d’autres elles sont synonymes de contrainte et d’attachement à un ex-conjoint dont on souhaite avant tout se délier. Le paradoxe inhérent au concept même de coparentalité – se séparer mais rester liés – est d’ailleurs à l’origine de pratiques très différentes : communication très soutenue et contacts quasi quotidiens ; séparation nette des espaces parentaux mais liens réguliers et ritualisés ; rupture de communication et monoparentalité éducative ; relations de concurrence et communication réduite a minima. L’établissement de nouvelles frontières relationnelles constitue en ce sens une difficulté récurrente dans l’après séparation, les parents étant sans cesse travaillés par cette injonction paradoxale : maintenir le lien parental tout en aspirant à l’indépendance, garantir un cadre éducatif cohérent tout en respectant l’autorité parentale et la liberté éducative de l’autre. »

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